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Les enseignements des études RTE et ADEME

mardi 22 février 2022, par Alain Argenson (ECN 62)

La transition énergétique passera en grande partie par le développement de l’électricité décarbonée.
RTE a modélisé ce que pourrait être la consommation en 2050 en chiffrant les coûts des scénarios proposés. L’ADEME s’est intéressé à tous les aspects de l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et a aussi modélisé la consommation électrique, mais n’a pas encore publié de scénarios économiques.

RTE
L’étude consiste en un travail technique de grande ampleur, qui s’est appuyé sur un important effort de simulation et de calcul pour caractériser de manière rigoureuse une grande variété de systèmes électriques permettant d’atteindre la neutralité carbone en 2050.
Les trajectoires modélisées dans l’étude conduisent, à l’horizon 2050, à évaluer la consommation électrique dans une plage de plus ou moins 100 TWh autour de la trajectoire de référence, s’échelonnant entre 555 TWh et 755 TWh en 2050. Néanmoins avec davantage de configurations qui seraient orientées plus à la hausse qu’à la baisse l’on pourrait alors dépasser la barre des 800 TWh en 2050

ADEME
L’exercice de l’ADEME est plus ambitieux que celui de RTE puisqu’il s’intéresse à tous les aspects du réchauffement climatique.
Quatre scénarios ont été étudiés et couvrent les secteurs du bâtiment, de la mobilité des voyageurs et du transport de marchandises, de l’alimentation, de l’agriculture, des forets, de l’industrie, des déchets et des services énergétiques (fossiles, bioénergies, gaz, hydrogène, chaleur et électricité).
Dans tous les scénarios, l’électricité devient le vecteur énergétique principal compte tenu de sa capacité à décarboner les usages. En 2050,la consommation totale d’électricité augmente par rapport a 2015 (507TWh) dans tous les scénarios sauf dans S1 (408TWH). Elle croit de S2 (535TWh) a S4 (835TWh) en raison d’une part de l’augmentation des demandes directes (industrie, bâtiment, transports…) et indirectes (production d’hydrogène notamment) et d’autre part, dans S4, de la nécessité de mettre en place des puits technologiques et des procédés de captage et de stockage du carbone importants eux-mêmes très énergivores. Ainsi, S4, s’approche de la neutralité carbone en donnant une place importante aux technologies de séquestration du carbone.

Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de ce 2 études :

1 La consommation d’électricité va augmenter sauf dans le scénario S1 de l’ADEME

2 Agir sur la consommation grâce à l’efficacité énergétique, voire la sobriété (S1),
est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques. Atteindre la neutralité repose donc sur des paris forts, aussi bien sur le plan humain (changements de comportements) que technologique (puits de carbone en particulier).

3 L’adaptation des forêts et de l’agriculture qui sont des puits de carbone devient absolument prioritaire pour lutter contre le changement climatique.

4 Atteindre la neutralité carbone en 2050 est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables avec ou sans nucléaire selon RTE. Les énergies renouvelables électriques sont devenues des solutions compétitives.

5 Se passer de nouveaux réacteurs nucléaires implique des rythmes de développement des énergies renouvelables plus rapides que ceux des pays européens les plus dynamiques. (Est-ce possible ?)

6 Dans tous les scénarios, les réseaux électriques doivent être rapidement redimensionnés pour rendre possible la transition énergétique

7 Le développement des énergies renouvelables soulève un enjeu d’occupation de l’espace et de limitation des usages. Il peut s’intensifier sans exercer de pression excessive sur l’artificialisation des sols, mais doit se poursuivre dans chaque territoire en s’attachant à la préservation du cadre de vie.

8 Les réacteurs en service devront être arrêtés avant 2050 si l’exploitation est poursuivie jusqu’à 60 ans. Il faudra de toute façon installer de nouveaux moyens de production d’électricité.

9 Que la production soit nucléaire ou renouvelable cela aura un impact sur l’environnement au sens large.

Pour avoir une idée des moyens de production à installer d’ici 2050 le tableau ci-dessous les donne pour 3 des scénarios de RTE (l’ADEME n’a pas encore publié de scénario)

Le tableau ci-dessus, quelque soit la solution choisie, montre que l’on est face à un énorme défi industriel et sociétal. C’est aussi une opportunité pour réduire notre déficit commercial qui est égal à nos importations pétrolières.
RTE estime dans son étude que de nouvelles centrales nucléaires (EPR ou SMR) ne peuvent pas être opérationnelles avant 2035 avec en plus une incertitude technique et financière.
Le solaire et l’éolien sont techniquement au point et leurs coûts sont connus. Les défis se situent du côté de l’acceptabilité, du réseau électrique et du stockage.
Le réseau électrique et le stockage étant liés il faut les confier à une seule entité probablement RTE
En terme de programmation je pense qu’il faut commencer par booster les renouvelables et pousser la mise au point de petits réacteurs nucléaires.

Que faire ?

Il faut un débat national pour susciter une prise de conscience de nos concitoyens sur l’enjeu de la transition énergétique.
La campagne présidentielle n’est pas le bon moment pour un débat serein mais l’on pourrait demander que les candidats s’engagent à un débat national à la télévision avant la fin 2022,

Nota : il faut probablement revoir la libéralisation du marché et le fonctionnement du marché européen de l’électricité

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