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Le véhicule électrique : l’avenir de l’automobile ?

dimanche 1er mars 2009, par Aurélien Deragne (ECLy 98)

L’automobile mondiale est entrée dans une crise grave, et ce partout dans le monde. En Europe, on imagine par exemple pour 2009 des ventes proches de celles de 1993, précédente année "noire". Et la sortie de crise est espérée - au mieux - pour fin 2009, voire 2010. L’heure est donc aux économies chez tous les constructeurs, tous limitant au maximum leurs dépenses pour faire face aux baisses des ventes.

Cette tendance est notamment sensible au salon automobile de Genève, qui a ouvert ses portes début mars, où les annonces tonitruantes sur de nouveaux concepts de véhicules écologiques sont moins nombreuses qu’au salon de Paris. Même si les constructeurs essaient sans doute de préserver les dépenses de développement de ces sujets d’avenir, les ressources financières sont rares en ce moment et cela se ressent. Ainsi, à Genève, les projets portés par de "petites" structures se font relativement discrets, alors qu’ils étaient plus en vue dans les salons précédents. Il en va ainsi pour le véhicule électrique B0 de Bolloré-Pininfarina, de la marque norvégienne THINK ou des véhicules à air comprimé de MDI/Guy Nègre.

Dans le même temps, des réalisations concrètes commencent (ou sont sur le point de commencer) leur commercialisation chez les grands constructeurs ayant les moyens de faire aboutir leurs projets même en ces temps de crise.

Toyota présente ainsi la nouvelle génération de sa Prius, celle-ci abaissant ses émissions de CO2 à 89 g/km grâce à sa technologie hybride essence+électrique (l’actuelle Prius est proposée à partir de 26 000€). Une version à recharger sur une prise électrique domestique (« plug-in ») est prévue pour 2010.

Honda présente la nouvelle Insight comme étant la voiture hybride la moins chère du marché (à partir de 20 000 €). Concurrent directe de la Prius et hybride essence+électrique comme elle, elle émet 101 g CO2 /km.

Le groupe GM, annoncé proche de la faillite aux USA, présente son projet AMPERA par l’intermédiaire de sa filiale allemande OPEL. Il s’agit d’un véhicule électrique à "extension d’autonomie".
Opel Ampera
Cette voiture électrique annoncée pour 2011 (également proposée par la marque CHEVROLET sous le nom de VOLT dès fin 2010) dispose de batteries lui octroyant une autonomie de 60 km en mode tout électrique et peut se recharger sur une prise de courant domestique. Elle dispose également d’un petit moteur essence, peu coûteux et optimisé pour cet usage, pour recharger les batteries quand elles sont vides et ainsi accroître l’autonomie du véhicule d’environ 500 km.

En Chine, BYD (acronyme de Build Your Dreams), numéro 2 mondial des piles rechargeables et qui s’est lancé il y a quelques années seulement dans la fabrication de véhicules, a présenté en janvier, au salon de Detroit, son véhicule électrique E6 doté d’une nouvelle génération de batteries (lithium-ion fer phosphate) lui autorisant une autonomie annoncée proche de 400 km. La marque commence aussi la commercialisation en Chine des F3DM et F6DM (DM pour Dual Mode), véhicules hybrides ayant une autonomie en tout électrique annoncée d’environ 100 kms.

Les constructeurs français ne sont pas en reste.

- Peugeot a annoncé dès l’ouverture du salon la signature d’un partenariat avec Mitsubishi et proposera dès fin 2010 un petit véhicule tout électrique, avec une autonomie d’environ 50 km, basé sur le véhicule I-MiEV du japonais.
Mitsubishi I-MieV
- Le groupe PSA travaille aussi activement à la mise au point de la technologie hybride diesel+électrique et sortira ses premiers modèles (notamment le 3008 hybrid4) fin 2010.

- De son côté Renault mise tout sur l’électrique et a annoncé 3 véhicules d’ici 2011 : une Mégane tricorps en partenariat avec Better Place (entreprise visant à l’installation d’un réseau de recharge pour les véhicules électriques, pour l’instant en Israël), un Kangoo et un nouveau véhicule spécifique uniquement électrique. Les objectifs affichés sont de proposer des véhicules à un prix équivalent à un véhicule diesel, utilisant des batteries louées entre 100 et 150 € par mois, et de vendre plus de 100000 véhicules par an à partir de 2012. Des annonces sont prévues pour 2009, concernant des accords avec, outre Israël, le Danemark et le Portugal.
Concept Kangoo électrique
- D’autres marques veulent montrer qu’elles n’oublient pas ces technologies mais ne peuvent évoquer pour le moment qu’une fabrication en nombre limité ou des programmes de test de quelques dizaines de véhicules (Smart, MINI).

Du côté de la puissance publique, plusieurs initiatives sont à l’œuvre pour sortir de la crise et accélérer la mutation des industries vers des véhicules moins polluants.

En France, l’État a lancé une prime à la casse de 1000 € pour les véhicules âgés de plus de 10 ans en cas d’achat d’un véhicule neuf émettant moins de 160g CO2 /km, sur un modèle proche des « Balladurettes » et « Juppettes » entre 1993 et 1995. Ce dispositif s’ajoute au bonus écologique en vigueur depuis 2008. Tous les autres pays européens prennent actuellement le même genre d’initiatives (prime de 2500 € en Allemagne par exemple). Ces mesures sont efficaces à court terme mais entraînent souvent une nouvelle crise quand elles cessent !

Les États (notamment français, allemand et bien sûr américain) aident aussi directement leurs constructeurs nationaux. Ainsi en France 6,5 milliards d’Euro vont être prêtés aux constructeurs pour leur permettre de mener à bien leurs développements en cours malgré la baisse de leurs ventes. Il s’agit d’une des mesures issues des « États Généraux de l’automobile » lancés fin 2008.
De plus l’État français, avec plusieurs grandes entreprises françaises (La Poste, EDF, France Telecom, Vinci, GDF-Suez, Veolia), va lancer un appel d’offres pour l’achat de 100 000 véhicules électriques sur les 5 ans qui viennent. Un cahier des charges commun doit être diffusé en juin. Le but annoncé est de créer une filière française de véhicules électriques.

En conclusion, le véhicule électrique est considéré aujourd’hui comme une bonne solution pour répondre au double défi de la raréfaction des ressources fossiles (comme le pétrole) et du réchauffement climatique. Son développement est désormais possible grâce aux progrès réalisés au niveau des batteries pour abaisser leur coût et accroître leur capacité. Cependant, sa réussite nécessite une adaptation des infrastructures de recharge (parkings, stations service). Son intérêt environnemental est de n’émettre aucun polluant ni gaz à effet de serre, mais ce dernier point n’est valable que si l’électricité qu’il utilise est produite sans émettre de tels gaz ; si l’électricité est produite au charbon, les émissions de CO2 sont simplement déplacées de la voiture à la centrale ! Notons à ce propos qu’un de ses atouts est sa possible complémentarité avec les énergies renouvelables (électricité éolienne ou solaire).
Enfin l’impact environnemental de l’automobile recouvre également d’autres aspects qui peuvent être nuisibles à notre environnement et qui doivent être améliorés (dépense énergétique pour l’acheminement des pièces et la fabrication du véhicule, consommation de ressources comme les métaux et les plastiques, construction de réseaux de transport au détriment de l’écosystème...), et sur ces points le véhicule électrique ne change rien... voire crée de nouveaux problèmes (recyclage des batteries…).

Vous pouvez retrouver cet article dans le Flash n°10

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